Début de stage
Jamais ne me suis-je aussi bien connu. Moi qui pensait avoir arpenté tous les recoins de ma personne, je suis aujourd’hui convaincu qu’il me reste tout à découvrir.
Depuis maintenant une dizaine de jours, je travaille comme assistant légal aux C.E.T.C (Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens), le tribunal chargé de juger les hauts dirigeants du régime des Khmers Rouges qui sont responsables du génocide de plus de 2 millions de Khmers entre 1975 et 1979. Le stress accompagnant le nouveau boulot a tranquillement laissé sa place à un sentiment de grandeur et de pertinence inégalé jusqu’à maintenant. Ce job, c’est l’extraordinaire conviction de faire partie d’une équipe de plus de 400 personnes qui travaillent à bâtir un monde meilleur, un monde plus juste. Je sens enfin que mes études m’auront mené vers un éventail de possibilités plus stimulantes les unes que les autres. Avant mon arrivée ici, je n’avais jamais été un grand passionné du droit international. J’y prenais goût, sans plus. Mais à l’heure ou j’écris ces lignes, je sais que c’est un environnement de travail taillé sur mesure pour moi. Ce n’est qu’un début.
La raison principale de cet intérêt est, comme je l’expliquais plus haut, cette conviction que chaque heure de travail qui passe sert à cicatriser un peu plus les plaies d’un peuple qui n’en finit plus de guérir. Un peuple qui, bien qu’en partie opposé à ce procès (les gens disent : pourquoi ce tribunal lorsque j’ai le ventre vide ?), finira probablement par réaliser que les crimes atroces qui ont été commis ici ne peuvent pas rester impunis. J’ai plus appris sur le droit international en 10 jours de travail que durant toutes mes études. En fait, j’ai bien vite réalisé que je n’y connaissais pas du tout. Mais comme les autres, j’apprends, et j’en mange!
L’autre aspect qui fait de mon travail un endroit électrisant, ce sont évidemment mes collègues de travail. J’ai l’immense opportunité de travailler avec des juristes de qualités exceptionnels provenant des quatre coins de la planète. Non seulement m’amènent-ils différentes perspectives sur le droit en général, mais aussi sur une multitude de façons de concevoir la justice, les valeurs et, si je peux me permettre, la vie en général. Mon superviseur est un avocat indien de la Cour Suprême de l’Inde qui travaille pour les Nations Unies depuis une dizaine d’années Pédagogue, patient et un sens de l’humour aiguisé, mes trois mois à ses côtés risquent d’être très formateurs.
Pour le reste, je travaille en permanence avec une vingtaine d’autres stagiaires au bureau des co-procureurs (Australiens, Anglais, Indiens, Canadiens, Québécois, Français, Belge, Américains, Cambodgiens, etc) et ce sont tous ces gens qui, comme je l’expliquais au début de ce billet, m’apprennent à me connaître davantage. C’est en côtoyant des gens de partout qu’on finit par savoir qui l’on est.
J’ai aussi rencontré un professeur qui va m’invité à faire un exposer à ses étudiants sur la pertinence du procès. La plupart des stagiaires ont aussi l’opportunité de faire des exposés à l’Université de Phnom Penh. Bref, je ne chômerai pas.
La contrepartie, c’est que j’ai beaucoup moins de temps pour écrire sur mon blog. J’essaierai d’y donner des nouvelles au moins une fois par semaine.
Salutations à vous tous, spécialement à tous mes amis qui font le barreau présentement. Lâchez pas!