Au bout du monde
Ambiance mortuaire
Les gens meurent…
Hier matin, le tribunal apprenait qu’un des avocats de la Partie civile venait de mourir. Me Blackman qu’il s’appelait. Je l’avais rencontré qu’une seule fois. Il pétait le feu. Aujourd’hui, il n’est plus. Il travaillait pro bono depuis 3 ans ici. Ce fut une journée de deuil.
En arrivant chez-moi hier soir, il devait y avoir au moins 40 personnes dans la cour intérieure. Mes propriétaires vivent au premier étage d’une maison du quartier BKK2 de Phnom Penh. L’homme, médecin pédiatre, bon vivant et pince sans-rire, avait la mine basse. Sa femme se meure. Je ne sais pas trop ce qu’elle a, mais a en juger son apparence, c’est probablement un cancer de la peau. Elle est allongée dans le salon, intubée et chaque respiration semble être un combat de tous les instants. C’est avec elle que j’ai négocié le prix du loyer. Sa famille reste auprès d’elle 24H sur 24. Les chandelles et l’encens brûlent. L’ambiance est plutôt mortuaire.
Au moins, le dernier week-end m’a réservé une surprise de taille. Dans le cadre de la journée internationale de la Francophonie, j’ai abouti devant une foule de centaines de personnes à l’Université Royale de Phnom Penh et j’ai lu « La marche à l’amour » de Gaston Miron. Touché, un représentant de l’Ambassade de France m’a juré qu’il allait se mettre à la tâche de découvrir Miron. Quelle superbe occasion pour le Québec de mettre son grain de sel durant ces célébrations qui, paradoxalement, semblent être plus importantes ici qu’au Québec. Misère…
Voilà pourquoi j’aime voyager. Un soir, je me retrouve dans un bar flottant sur le Mékong. Le lendemain, je lis du Gaston Miron à l’Université. C’est seulement en voyageant que de telles aventures surviennent.
Voyagez! Et comme dirait mon beau-père : Dévorez la vie avant qu’elle ne vous dévore!
À bientôt!
Début de stage
Jamais ne me suis-je aussi bien connu. Moi qui pensait avoir arpenté tous les recoins de ma personne, je suis aujourd’hui convaincu qu’il me reste tout à découvrir.
Depuis maintenant une dizaine de jours, je travaille comme assistant légal aux C.E.T.C (Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens), le tribunal chargé de juger les hauts dirigeants du régime des Khmers Rouges qui sont responsables du génocide de plus de 2 millions de Khmers entre 1975 et 1979. Le stress accompagnant le nouveau boulot a tranquillement laissé sa place à un sentiment de grandeur et de pertinence inégalé jusqu’à maintenant. Ce job, c’est l’extraordinaire conviction de faire partie d’une équipe de plus de 400 personnes qui travaillent à bâtir un monde meilleur, un monde plus juste. Je sens enfin que mes études m’auront mené vers un éventail de possibilités plus stimulantes les unes que les autres. Avant mon arrivée ici, je n’avais jamais été un grand passionné du droit international. J’y prenais goût, sans plus. Mais à l’heure ou j’écris ces lignes, je sais que c’est un environnement de travail taillé sur mesure pour moi. Ce n’est qu’un début.
La raison principale de cet intérêt est, comme je l’expliquais plus haut, cette conviction que chaque heure de travail qui passe sert à cicatriser un peu plus les plaies d’un peuple qui n’en finit plus de guérir. Un peuple qui, bien qu’en partie opposé à ce procès (les gens disent : pourquoi ce tribunal lorsque j’ai le ventre vide ?), finira probablement par réaliser que les crimes atroces qui ont été commis ici ne peuvent pas rester impunis. J’ai plus appris sur le droit international en 10 jours de travail que durant toutes mes études. En fait, j’ai bien vite réalisé que je n’y connaissais pas du tout. Mais comme les autres, j’apprends, et j’en mange!
L’autre aspect qui fait de mon travail un endroit électrisant, ce sont évidemment mes collègues de travail. J’ai l’immense opportunité de travailler avec des juristes de qualités exceptionnels provenant des quatre coins de la planète. Non seulement m’amènent-ils différentes perspectives sur le droit en général, mais aussi sur une multitude de façons de concevoir la justice, les valeurs et, si je peux me permettre, la vie en général. Mon superviseur est un avocat indien de la Cour Suprême de l’Inde qui travaille pour les Nations Unies depuis une dizaine d’années Pédagogue, patient et un sens de l’humour aiguisé, mes trois mois à ses côtés risquent d’être très formateurs.
Pour le reste, je travaille en permanence avec une vingtaine d’autres stagiaires au bureau des co-procureurs (Australiens, Anglais, Indiens, Canadiens, Québécois, Français, Belge, Américains, Cambodgiens, etc) et ce sont tous ces gens qui, comme je l’expliquais au début de ce billet, m’apprennent à me connaître davantage. C’est en côtoyant des gens de partout qu’on finit par savoir qui l’on est.
J’ai aussi rencontré un professeur qui va m’invité à faire un exposer à ses étudiants sur la pertinence du procès. La plupart des stagiaires ont aussi l’opportunité de faire des exposés à l’Université de Phnom Penh. Bref, je ne chômerai pas.
La contrepartie, c’est que j’ai beaucoup moins de temps pour écrire sur mon blog. J’essaierai d’y donner des nouvelles au moins une fois par semaine.
Salutations à vous tous, spécialement à tous mes amis qui font le barreau présentement. Lâchez pas!
Kuala Lumpur: Ville du futur ?
Kuala Lumpur semble tout droit sortie d’un film de science-fiction, essentiellement pour deux raisons Premièrement, l’architecture ultra moderne des centaines de grattes-ciels contraste avec les nombreux parcs et les gigantesques arbres qui bordent les rues du Centre-Ville. La ville qui ne semble jamais dormir offre un formidable choix de restos de première classe à très bon prix et le “nightlife” est disons, spectaculaire. Sans être très exotique, (les Zara, Banana Republic, Burbarry, et autres endroits sans intérêts se retrouvent partout), la ville vaut la peine d’être vue pour quelques jours.
Mais ce qui impressionne vraiment à Kuala Lumpur, c’est sa diversité ethnique unique au monde. De toute ma vie n’ai-je vu une ville où se côtoie autant de cultures. Il suffit d’une simple promenade pour croiser des Malais bien-sûr, mais des Chinois, Japonais, Coréens, Vietnamiens, et également un lot impressionnant d’Indiens, de Sri Lankais, de Pakistanais, d’Européens, d’Africains et de Nord-Américains.
Ici, les musulmans, les catholiques, les bouddhistes et les indous semblent vivre dans une harmonie qui ne crée pas trop de remous. Et oui, il y a quelques femmes en Burqa et je n’ai pas été transformé en grenouille en les voyant. La liberté de religion ici, c’est pour tout le monde.
Le côté moins agréable, c’est que l’internet coûte une fortune alors je n’ai plus le temps d’écrire les mille autres trucs que je voulais mentionner.
Départ pour Phnom Penh demain, déjà! Mon stage commence lundi et j’ai trop hâte de voir à quoi ressemblera ma nouvelle vie là-bas!
À bientôt!
Ce monde si petit
Depuis l’apparition de Facebook sur les internettes il y a quelques années, la planète a rapetissé de moitié, si ce n’est pas plus.
Je parlais récemment sur facebook à mon ami suédois rencontré au Vietnam l’an dernier et qui se trouve présentement en Namibie. Au même moment, je réalise que le statut d’une autre suédoise, celle-là rencontrée en Thaïlande, contient le mot “filiperno”. Tiens tiens, ce pourrait-il que ces trois mêmes suédoises soit aux Philippines en même temps que moi ?
Nous discutions et réalisons que nous sommes encore une fois dans la même Ville, Cebu, dans le sud des Philippines! Quelques heures plus tard, nous mangions tous ensemble et sommes allés faire un petit tour au gigantesque WaterFront Hotel de la Ville qui, par hasard bien sur, abrite un superbe Casino. La soirée s’est soldée par un gain de 70$, ce qui représente une fortune colossale ici. Pour le reste des vacances, nous augmentons la dose quotidienne de massage: De un à deux massages par jour.
Merci Facebook! Merci Casino! Merci aux masseuses! Et Merci à la Suède!
Nous nous envolons pour Kuala Lumpur demain matin. Je redonne des nouvelles une fois sur place.
Sourire
Il y a de ces endroits si éloignés, presque secrets, où la pression et le stress ne font pas encore partie du vocabulaire local. Le petit village de Bucana, à environ 40 km au nord d’El Nido, fait partie de cette catégorie. Une fois entré, il est impossible de s’empêcher de sourire tant la vie semble simple et paisible. Un village où les rares touristes qui s’y aventurent, si c’est déjà arrivé, sont chaleureusement accueillis comme des habitants d’une autre planète. Pas une seule personne n’omet de vous saluer. La pêche et le farniente composent la routine quotidienne. Les enfants vous suivent en riant et tous les “vieux” vous sourient en regardant leurs enfants courir à nos côtés.
Bucana, c’est une dose rafraîchissante de béatitude et d’envirement qui relativise tous les problèmes de la Terre.
Je laisse une fois de plus les photos parler. Il n’y a tout simplement rien d’autre à dire.









